• Le Collectif ÈS, artiste associé à Mille Plateaux, CCN La Rochelle

Le Collectif ÈS


La préposition ès signifie « en matière de » et se prononce « esse » – comme un pluriel agissant au coeur des formes déployées par ce collectif – adepte du débordement et de la prolifération des genres. Cherchant à renouveler les manières de faire lien, le Collectif ÈS détourne et reconfigure les modes d’être ensemble à l’aide des outils de la danse. Avec la Série Populaire, Émilie Szikora, Jérémy Martinez et Sidonie Duret se sont emparés des codes du bal, du loto ou du karaoké, afin de proposer des expériences collectives à la frontière entre performance physique et forme participative. Au sein du projet Mille Plateaux, le Collectif ÈS cherchera à tracer des lignes de fuite à partir de la question de l’utopie, devenant Collectif ÈS dérive, ÈS profusion, ÈS vacarme, et inscrivant des îlots d’utopies au coeur du territoire.

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Rencontre avec le Collectif ÈS

Le Collectif ÈS conçoit des spectacles, mais aussi des formes plus participatives, comme le Karaodance. De quelle manière ces différentes activités dialoguent entre elles ? Et comment projetez-vous de les entrelacer au sein de Mille Plateaux ?

Sidonie Duret : La Série Populaire, qui comprend Le bal, Karaodance et Loto 3000, est très importante dans notre travail : il s’agit d’un point de convergence entre la transmission et la création. Cet axe participatif, populaire, au bord de la fête et du spectacle sera forcément présent au sein du projet Mille Plateaux.

Jérémy Martinez : L’enjeu de notre travail, c’est de questionner le collectif, dans différentes constellations de créations, le plus souvent hybrides. Nous aimons proposer des modalités très différentes de rapport au public, à la fois au niveau de la forme, du mode de collaboration, de la temporalité. Nous recherchons constamment de nouvelles manières de faire lien. La Série Populaire porte le pari de déplacer l’acte créatif par son dispositif et les rencontres qu’elle permet avec les amateurs et le public. À La Rochelle, nous avons initié un projet nommé Shots, visant à rassembler trois artistes pendant trois jours pour créer une forme éphémère qui n’est jouée qu’une seule fois, un one shot en quelque sorte.
JM : Avant que Olivia Grandville nous propose cette collaboration, nous avions entamé une réflexion sur ce que nous aurions envie de proposer si nous étions associés à un lieu. Nous avions imaginé un projet autour des utopies. Quand Olivia nous a parlé de Mille Plateaux, nous étions en pleine réflexion, et ça rentrait en résonance avec ses préoccupations, notamment cette idée de CCN mobile, de formes en déplacement, impliquant une réflexion sur la place de l’institution.

Shot porte l’idée d’un mode de création léger, éphémère, comme une réponse au mode de production du spectacle vivant ?

Émilie Szikora : Cet éloge de l’essai, de la tentative, de la spontanéité résonne fortement avec nos préoccupations. Qu’est-ce qu’on peut faire en peu de temps, qu’est-ce qu’il en reste ensuite, qu’est-ce qui fait trace ? Il y a pour nous une forme d’urgence à créer, et le mode de production du spectacle vivant à tendance à repousser la création à un horizon lointain. Nous avons envie de créer avec ce qu’il y a là, maintenant, et d’offrir un cadre permettant à d’autres artistes de le faire. Dans le cadre de notre réflexion autour des utopies, la notion du temps était assez centrale. Quel temps pour créer, comment le redéfinir ? Pour participer à un projet comme Mille Plateaux, il y a besoin d’un temps d’implantation, de présence sur le territoire. Nos créations peuvent prendre beaucoup de temps, mais le temps court, l’accélération et la spontanéité peuvent donner lieu à de nouvelles formes, qui ne seraient pas survenues dans des conditions classiques. Cela pose une notion de risque à prendre.
Le collectif La Tierce, également associé au projet, a lui aussi évoqué ce besoin de prise de risque et de rapport à l’immédiateté.
SD : Je trouve intéressant le parallèle avec le collectif La Tierce, qui est également composé de trois personnes. Je crois qu’il y a une réflexion commune, qui dépasse la diversité des esthétiques. La Tierce et nous produisons des formes très différentes, mais pour autant, nos réflexions se rejoignent sur la nécessité de créer d’autres espaces de création, de soutenir la tentative et la diversité des expressions artistiques. L’idée des Shots est justement d’exposer cette diversité, puisqu’il s’agit d’un processus dont chaque trio d’artistes pourra s’emparer, créant une grande diversité de propositions. Cela ouvre également la possibilité d’initier des dialogues entre artistes, ce qui est au final assez rare. Souvent, un lieu s’associe avec un artiste portant une esthétique. Dans le cas de Mille Plateaux, c’est au contraire la diversité qui fait signe.
Vous avez évoqué les unités mobiles. Comment comptez-vous déplacer votre rapport au territoire ?
ES : Avec la Série Populaire, nous nous sommes rendu compte du pouvoir des corps : on peut arriver sur une place et réussir à faire bouger des gens sans même parler. C’est avant tout une question d’empathie, d’énergie, de précision des actions.
JM : Lorsque nous avons initié la Série Populaire, nous avons commencé par imaginer un bal où le public pourrait monter sur scène. Pour le Karaodance, nous nous sommes dit que nous allions sortir de la scène. Et enfin pour le Loto, nous sommes carrément sortis du théâtre, pour aller dans des espaces non-dédiés. salles des fêtes, cour d’école, etc. Du coup, l’idée de l’Unité Mobile d’Action Artistique est très stimulante pour nous, et permet d’imaginer de nouveaux croisements entre les formes et la manière de les transporter pour les réinventer.
SD : Lors de nos discussions avec Olivia, nous avons évoqué l’idée de répertoire : comment utiliser l’Unité Mobile d’Action Artistique pour transformer nos propres oeuvres, revisiter notre travail au filtre de la mobilité. À quoi peut-on renoncer pour les rendre plus légères ? Qu’est-ce qu’on extrait, comment on les transforme, pour les donner à voir autrement ?

Dans Mille Plateaux, Deleuze et Guattari écrivent : « Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu’ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer ». De quelle manière cette idée d’un territoire en acte résonne avec votre approche ?

ES : Dans la question de l’utopie, il y a l’idée d’un non-lieu, d’un lieu qui n’est pas incarné. Peut-être que les utopies sont en nous, dans nos esprits, dans nos corps. Mais elles sont aussi contenues dans nos actes. Par l’action, les choses apparaissent. Nous n’avons pas de préconçus formels sur les mouvements que nous utilisons ; ce sont plutôt par des consignes que nous échangeons interprétées par chacun à sa manière que des formes qui nous correspondent apparaissent.
SD : La citation me parle aussi de l’endroit où une jonction est possible entre l’imaginaire et l’action. Pour moi, ils sont essentiels l’un à l’autre. Parfois on fait des choses, sans savoir ce qu’on fait, et l’imaginaire peut nous emmener dans des directions que l’on n’aurait pas pensées à l’avance. Il y a une porosité entre ces deux dimensions, qui induit une confiance dans la rencontre, la curiosité.

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