• La Tierce artiste associé à Mille Plateaux, CCN La Rochelle

La Tierce

Formé de Sonia Garcia, Séverine Lefèvre et Charles Pietri, le collectif La Tierce travaille à l’élaboration d’une danse du peu, où la mise à égalité des actions, des matières et des corps amplifie la perception du vivant. Leurs créations, comme D’après nature ou Construire un feu sont traversées par une attention minutieuse à la simplicité du geste, à toutes les résonances et les échos qu’il diffuse et tisse dans l’espace : corps poreux, perméables, qui révèlent en négatif une poésie reliant des états de présence.
Depuis 2015, La Tierce a mis en place le programme Praxis, un espace-temps pour inviter des artistes à faire tentative à l’abri des logiques de production. Au sein de Mille Plateaux, les membres de La Tierce laisseront infuser une pensée en prise avec le dehors, comme une manière de faire paysage, de faire poème, de faire essai, de faire écho, de révéler l’immatériel.
 

Rencontre avec La Tierce

En tant que collectif associé au projet Mille Plateaux, vous allez développer votre travail de création, mais également un laboratoire de formes, Praxis, permettant d’accueillir des essais artistiques. Comment est né Praxis, et comment va-t-il agir au sein de Mille Plateaux ?

Séverine Lefèvre : Praxis a été créé en 2015, à Bordeaux, en partenariat avec La Manufacture Atlantique, puis La Manufacture CDCN, avec l’envie d’inscrire un rendez-vous régulier permettant d’articuler la question : comment se fait la danse, comment elle se pense, se pratique ? Cette envie correspond aux conditions de la production en danse, principalement tournées vers l’objet spectacle. Les compagnies manquent souvent d’argent, d’espace, de temps, et elles n’ont pas forcément la possibilité de développer certaines intuitions qui ne rentrent pas dans le cadre spectaculaire. Nous avions envie d’un espace-temps permettant à ces idées d’exister : un essai, un processus, pas un objet fini. Les artistes sont invités à se risquer sur un temps de cinq jours, avec une présentation à la fin.
Sonia Garcia : En tant que collectif, nous avons tous les trois une vraie croyance dans les formes. Les formes permettent de vivre une expérience qu’on ne peut pas forcément décrire. Il arrive que la parole n’arrive pas à nous mettre d’accord, mais les formes, elles, le peuvent. J’aime cette idée d’une forme qui n’a pas besoin d’être justifiée intellectuellement. Elle est là. C’est un acte qui agglomère des sensations.
Charles Pietri : J’aime l’idée que les personnes qui viennent assister à ces essais ne savent pas ce qu’elles viennent voir. Ça déjoue énormément d’enjeux, notamment sortir du « j’aime/je n’aime pas ». De la même façon que les artistes prennent un risque, le public accepte de se jeter dans l’inconnu. Il peut arriver que des artistes arrivent en disant « je n’ai pas réussi ». Ça me semble être un espace très précieux, un espace où la réussite, c’est-à-dire le fait de montrer quelque chose, n’est pas l’unique enjeu.


En tant que collectif associé, vous allez également mener un travail de création sur la pièce Construire un feu, dont le titre vient d’une nouvelle de Jack London. Quels désirs s’articulent autour de cette contradiction, construire de l’immatériel ?

CP : Ça a été une question pour nous : fallait-il conserver ce titre, sachant qu’il ne s’agit pas d’une adaptation du texte de Jack London ? L’idée est de construire quelque chose, sans savoir précisément quoi. Construire un feu, pour nous, serait presque l’équivalent de construire un spectacle, sans pour autant poser un discours sur ce qu’est un spectacle. C’est construire un spectacle comme des enfants qui inventent un spectacle de Noël.
SL : Ce titre, quand on le laisse résonner, contient l’idée d’un récit en train de se faire. Le désir à l’origine de ce projet était de s’atteler à un récit : un récit incertain, qui part à la recherche d’une première fois. On présume que quelqu’un, un jour, a fait un geste qui n’avait jamais existé. Ce n’était pas un geste usuel, utilitaire, plutôt un geste n’entrant dans aucune catégorie, peut-être le premier geste de danse. Il ne s’agit pas d’un geste fondateur, inscrit dans le temps. Peut-être qu’il se rejoue en permanence, ou qu’il n’a jamais eu lieu.


Dans la nouvelle de London, Construire un feu correspond à une urgence vitale. Est-ce qu’il y a pour vous une forme d’urgence à réinstaurer la simplicité d’un geste élémentaire ?

CP : C’est très présent dans notre discussion interne, l’importance de la simplicité. Dans un haïku du poète japonais Ryōkan, il dit qu’il faut parler le langage le plus simple possible pour rester en vie. Nous parlions d’une pièce qui aurait pu exister à n’importe quelle époque. Ça inclut le passé, mais aussi le futur. Dans mille ans pourquoi pas, quand nous ne serons plus là. Dans la nouvelle de London, le geste vital, c’est d’allumer un feu. Et nous aimerions que le public puisse se dire en nous regardant : ils sont vivants.
De quelle manière ces principes, la simplicité, le geste élémentaire, pourraient-ils infuser au sein du projet Mille Plateaux ?
SL : Nous avons commencé à réfléchir à plusieurs idées, comme celle de mener des ateliers avec un groupe d’enfants, pour voir comment résonne chez les enfants cette idée de faire spectacle à partir de peu, prendre en compte les récits qu’ils auraient envie d’inventer. L’enjeu pour nous, c’est d’inventer une présence au sein de Mille Plateaux : cela implique de venir déposer régulièrement ce qui anime notre travail, sous des formes très différentes, pour que ça s’infiltre.
SG : Nous avons envie de partager cette vision de la danse, qui peut paraître cérébrale, mais qui pour nous est au contraire très accessible dans sa simplicité. Ce serait peut-être l’occasion de montrer notre précédente pièce, 22 ACTIONS faire poème, construite à partir d’actions très simples : des actions qui pour nous font poème, un peu comme un haïku arrive, en quelques lignes, à évoquer un paysage, une sensation indéfinissable. Comme un deuxième pli, nous avons cherché la résonance de ces actions dans l’environnement, le paysage, le terrain dans lequel elles s’inscrivent. En essayant d’incarner le paysage, les corps deviennent autre chose que des corps. Nous essayons de matérialiser l’invisible. Forcément, il y a une forme d’impossibilité, alors on essaie de différentes manières. Cela pourrait être un horizon pour notre participation à Mille Plateaux : essayer de différentes manières de matérialiser l’invisible.

DATES À VENIR

30 janvier 24 - Construire un feu - Opéra de Limoges

30 mars au 7 avril 24 - Déploiement de l'UMAA à l'Avant-scène à Cognac (en collaboration avec Mille Plateaux, CCN de La Rochelle)

7 avril 24  - Construire un feu - Avant-Scène, Cognac

9 avril 24 - Construire un feu - Festival À Corps, TAP - SN Poitiers

10 avril 24 - Chant éloigné - création pour les étudiant.e.s de l'Atelier de Recherche Chorégraphique de l'Université de Poitiers - Festival à Corps, TAP - SN Poitiers

30 mai 24 - 22 ACTIONS faire poème - Mille Plateaux, CCN de La Rochelle, dans le cadre de l'UMAA et de 1km de danse 

Septembre 24 - Festival Le temps d’aimer la danse, CCN Malandain Ballet Biarritz

www.latierce.com
© Margaux Vendassi