La guerre des pauvres

Créations

La guerre des pauvres

Du 26 au 29 Septembre

Création 17 & 18 mars 2021
Ménagerie de Verre, Paris, dans le cadre du Festival Etrange Cargo

« L’histoire c’est Philomèle, et on l’a violée à ce qu’on dit, et on lui a coupé la langue, et elle siffle la nuit au fond des bois. »

La guerre des pauvres d’Éric Vuillard raconte dans un élan fiévreux la révolte de la paysannerie allemande entre 1524 et 1526 : récit effréné d’un ras-le-bol, d’une colère, d’une radicalisation et d’une marche à l’abîme, qui s’achèvera dans le sang.

C’est au comédien Laurent Poitrenaux que j’ai demandé de porter ce texte fulgurant qui concentre en une soixantaine de pages le souffle de l’épopée. Sa seule présence induit quelque chose de l’incarnation du texte par le corps. Dès lors, sur l’écriture pleine d’implicites de Vuillard, qui sans rien nommer, traverse les couches temporelles pour interpeller le présent, s’organisent dans un dispositif scénique panoramique, l’architecture lumineuse d’Yves Godin en dialogue avec l’installation organique de Denis Mariotte, les paysages sonores de Villeneuve et Morando et les incarnations anachroniques de Martin Gìl et Éric Windmi Nebie.

Si le soulèvement est une flambée forcément fugace, l’éruption d’une forme destinée à se défaire, à céder à la gravité, il n’en reste pas moins l’élan vital nécessaire à tout mouvement.

Olivia Grandville

La presse en parle

"Les luttes économiques et sociales forment une longue guerre des pauvres, de fait jamais gagnée et en fait jamais perdue, qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui.", Ludmila Malinovsky, I/O Gazette

"« La guerre des pauvres », Olivia Grandville fait la révolution à La Ménagerie de Verre", Amélie Blaustein Niddam, Toute la Culture

 

À écouter

Les coulisses du prologue de La Guerre des pauvres de Éric Vuillard — un reportage France Culture

©Laurent Philippe

Débandade

Créations

Débandade

Du 16 au 19 Octobre

Création 23, 24 & 25 novembre 2021
le lieu unique, centre de culture contemporaine de Nantes

«J’aimerais que Débandade se situe quelque part entre la comédie musicale, le micro-trottoir, le stand-up et le rituel d’exorcisme.»

En 2019, à l’invitation du TAP à Poitiers, du CND de Paris et du CCN de Montpellier, j’ai eu l’occasion de travailler avec plusieurs groupes d’étudiants de dix-huit à vingt-cinq ans. La pièce, Nous vaincrons les maléfices, qui est née de ce travail se retourne vers les utopies des années 1970 avec les yeux de la jeunesse d’aujourd’hui, marquée par la menace de l’effondrement écologique. Le point de départ en est le documentaire de Michael Wadleight, Trois jours de paix et de musique, consacré au mythique rassemblement de Woodstock. En surimpression de la bande-son qui tient le rôle de fil rouge dramaturgique, les prises de parole des étudiants questionnent celles de leurs aînés quant aux dérives d’une société capitaliste qu’ils ont largement contribuer à valider. Cette expérience éclairante a renforcé ma curiosité envers cette génération née avec le siècle et qui le questionne si bien ; elle a aussi jeté les bases d’un processus que j’aimerais poursuivre ici.

Pourquoi une pièce d’hommes ?
D’autant plus s’il s’agit de questionner un régime d’assignation largement remis en cause aujourd’hui ? En rencontrant tout ce panel de jeunes danseurs d’origines culturelles très diverses et en travaillant avec eux, m’est apparu au travers d’une fluidité des genres pleinement incorporée, une multiplicité et une complexité de points de vue, incarnés dans les corps eux-mêmes, que j’ai eu envie de questionner.
J’ai tenté, très timidement d’abord, de les interroger sur la manière dont ils vivent leur masculinité aujourd’hui. Spécifiquement en tant que danseurs contemporains, partageant un milieu commun, depuis des expériences géographiquement et culturellement très éloignées. La réaction a été immédiate, révélant un manque et un besoin réels de poser des mots sur ce trouble dans le genre, qui tous les occupent à des échelles et selon des points de vue parfois diamétralement opposés.

En un mot, dans un contexte de résurgence d’un féminisme salutaire, mais très offensif, j’ai eu envie de leur demander comment ils allaient. Car non, je ne crois pas que la question soit simple et simplement résolue par des positions politiquement correctes, comme aucunes de celles qui questionnent les représentations du pouvoir, sachant que c’est toujours bien lui, le pouvoir et les monstres qu’il engendre, qui sont à questionner. Est né alors ce projet d’une pièce exclusivement masculine. Une pièce d’hommes pensée par une femme, une pièce transgénérationnelle, une pièce qui parlerait au féminin depuis des points de vue et des ressentis masculins.

Olivia Grandville

 

La presse en parle

« Débandade aborde les rapports de genres sous une forme plurielle d’une très stimulante tonicité, à la fois physique et spirituelle. » Jérôme Provençal, Les Inrocks.

Olivia Grandville était l’invitée de Marie Richeux dans son émission Par les temps qui courent sur France Culture.

"Quand danse et cirque parlent des masculinités, remonte-couilles compris", Belinda Mathieu, Télérama

"Débandade d'Olivia Grandville", Nicolas Villodre, Danser Canal Historique

« Olivia Grandville a eu une idée politiquement peu correcte et d’autant plus rigolote. En pleine vague #metoo, la directrice du CCN La Rochelle, rebaptisé « Mille Plateaux » par ses soins, s’est mis en tête d’interroger les hommes sur ce grand bazar des assignations de genre. Avec facétie, effronterie et finalement pertinence. Car disons-le d’emblée, il ne s’agit pas ici d’arbitrer un partage équitable du temps de parole, en faveur d’hommes qui viennent de prendre 2500 ans pour raconter la même histoire. Encore moins de contester le chambardement en cours ou de conforter les suprémacistes de la quéquette. Plutôt de questionner les assignations masculines, par symétrie. Et parce que ces injonctions de la société, qui nous font hommes ou femmes, « sont à déraciner les deux en même temps » balaye Olivia Grandville. Pas de quoi brandir le vit de victoire, les vieux matous de vestiaires peuvent donc s’y rhabiller et crier au scandale devant un intitulé si éloquent : Débandade. Mais il ne s’agit pas ici de couper les élans, plutôt à l’inverse de vider le sac de quelques spécimens du genre, en l’occurrence de jeunes mâles davantage contraints par leur représentation dans la société que par l’émancipation des femmes. « Dans cette génération de millennials, raconte Olivia Grandville, je voyais émerger cette fluidité des rôles ». Elle a donc sommé sept danseurs de s’en expliquer le plus simplement : « Qu’est-ce que cette masculinité ? » a-t-elle posé, en souhaitant que la réponse sur le plateau se situe «quelque part entre la comédie musicale, le micro-trottoir, le stand-up et le rituel d’exorcisme ». La barre est haute.

Types et stéréotypes 
Il en résulte une pièce très dansée, où l’on se joue des corps, des types et des stéréotypes. Où l’image et parfois la parole, viennent appuyer le propos. Mais où tout se joue à l’énergie, dans une libération des corps que ne parvient pas à contraindre la bande son qui, du rap au rock, tente de déverser son lot de testostérone sur le plateau ou à l’inverse, annonce avec quelques poètes maudits, « le trouble dans le genre ». Olivia Grandville a déjà expérimenté dans Nous vaincrons les maléfices, ce travail de recueil de parole, en confrontant de jeunes étudiants aux utopies stériles des années 1970, suivant de près la bande originale de Woodstock et mesurant, 50 ans après, la colère des héritiers de cette terre brûlée.
C’est dans ce vivier qu’elle a puisé les sept danseurs et le musicien. Avec, cette fois, matière à rigoler, à rebours d’une « époque sérieuse » où, dit Olivia Grandville, « les jeunes se posent des questions de manière très sérieuse ». « On peut aussi prendre une distance avec le sujet » décale t-elle. D’autant que le Covid est passé par là, soulignant la nécessité d’une nouvelle énergie. En femme d’orchestre, la directrice des Mille Plateaux a fait jaillir la parole de ces jeunes hommes aux origines, aux attentes et aux parcours différents. Une pièce d’hommes, pensée par une femme, qui finit par épauler ce féminisme « salutaire mais offensif ». Car bien sûr, Débandade « parle en creux du féminin », mais avec tendresse et bienveillance pour les hommes, produisant un mi-tout complice. On ne naît pas homme, on le devient et les identités masculines sont multiples. Il suffirait peut-être de laisser ce gros paquet de pression au vestiaire pour soulager ces petits d’hommes dans leur quête résolue vers des identités sereines et épanouies. Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour une humanité apaisée. »

Rémi Rivière

 

UMAA - Unité Mobile d'Action Artistique

Créations

UMAA - Unité Mobile d'Action Artistique

Du 8 au 12 Octobre

L'Unité Mobile d'Action Artistique
un projet de Olivia Grandville

Chacune de ces interactions crée des rencontres et d’autres déploiements, dans la ville, le quartier, le paysage...

Offrir de nouvelles expériences artistiques à travers une œuvre programmatique et pluridisciplinaire. L’UMAA, le nouveau projet de Olivia Grandville, réunit une communauté d’artistes, tous.tes animé.e.s par l’envie d’inventer de nouvelles règles du jeu. Et c’est à l’artiste néerlandaise Cocky Eek que Olivia Grandville a confié la conception d’une structure mobile, permettant d’élargir le champ d’action du Centre Chorégraphique National de La Rochelle. La plasticienne a imaginé une structure gonflable à mi-chemin entre l’organisme vivant et le dôme : un lieu d’accueil et de transformation sensible de l’acte artistique. Cette Unité Mobile d’Action Artistique n’est pas seulement une structure gonflable, elle lui offre aussi sa dimension philosophique de bulle éphémère. Il s’agit donc d’un format qui offre la possibilité d’en inventer de nouveaux, en termes de durée, d’espace, de mode d’interaction ou de représentation. Ce campement artistique, installé dans l’espace public, propose une activation longue pour mieux éprouver, à travers une approche sensible, les possibles du vivant.

L’UMAA est un projet qui s’inscrit dans une réflexion sur l’éco-responsabilité de nos pratiques. Le temps de son activation et les conditions de sa mise en œuvre se veulent en adéquation avec un environnement dans sa globalité. 

L’UMAA cherche à inventer une autre règle du jeu dans le système de diffusion du spectacle vivant, à l’infiltrer autrement en s’adressant à d’autres publics, d’autres opérateurs. 

L’UMAA veut inverser les modes de production en proposant une présence longue et des protocoles de création rapide. 

L’UMAA optimise ses déplacements, soit en privilégiant un mode de circulation à l’échelle locale, soit en travaillant en amont de manière à intégrer des artistes et des partenaires locaux dans la construction de la cession. 

L’UMAA veut pouvoir changer d’échelle en fonction des possibilités des lieux qui l’accueillent. 

L’UMAA est proteïforme : tour à tour lieu d’exposition, salle de spectacle, scénographie, studio de travail, crèche, bibliothèque, agora ou encore salle des fêtes. 

L’UMAA est une œuvre itinérante, activée par un programme de dispositifs et de formes artistiques, dont l’articulation se rejoue in situ, en partie en coconstruction avec les artistes et les opérateurs locaux. 

L’UMAA est un camp de base dont il doit déborder. C’est l’installation d’une communauté éphémère avec toutes les interactions que cela suppose dans un environnement donné. 

« D’abord, il fut décidé que tous les espaces de sociabilité formels et informels, les lieux de formation et de culture, les plages, les forêts et les parcs, resteraient fermés jusqu’à nouvel ordre... Puis, l’ordre du monde exigea que l’on recommençât à s’acquitter d’activités un temps considérées comme non-essentielles » morts ou vifs (Julie Sermon : pour une écologie des arts vivants)

« Et donc je propose un format pas une forme, pas un sujet,  un format-manifeste. Dans Morts ou vifs, Julie Sermon définit trois manières d’articuler  le champ des arts de la scène et celui de l’écologie.  D’un point de vue thématique : l’écologie en tant que sujet, motif d’inspiration documentaire et fictionnelle ; d’un point de vue esthétique et dramaturgique : l’écologie comme exploration d’autres formes de partage du sensible ; d’un point de vue pragmatique : l’écologie en tant qu’elle reconfigure les processus de création et les modes de production du spectacle vivant. 
Les trois approches peuvent bien sûr se combiner, mais dans l’ordre des priorités je choisis d’être pragmatique. Un format donc, qui offre la possibilité d’en inventer de nouveaux, en termes de durée, d’espace, d’amplitude, de mode d’interaction ou de représentation. Qui entend surtout déroger aux modes de conception, production et diffusion du régime économique dominant. 
Ici, la dramaturgie se dilate sur plusieurs jours et permet de proposer des activations longues, des pièces-paysages, autant que des performances flash, des mini-résidences d’artistes autant que des ateliers publics, des tables rondes, des jeux, des concerts et des projections, une exposition, une fête... » Olivia Grandville 

Chaque édition de l’UMAA se compose à partir d’un corpus de protocoles, d’une boîte à outils de processus d’écritures et de formes chorégraphiques : pré-existantes, créées, recyclées ou recontextualisées pour l’UMAA. La dramaturgie qui va articuler ces différents éléments, se rejoue avec chaque nouveau lieu d’accueil mais son contenu se conforme à cette charte/programme qui fait office de partition et articule une diversité de modalités de rencontres proposées aux publics. 

© Marc Domage